octobre 17

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Libres Butineurs: un blog, une histoire, des questions et de l’indignation.

« Pour trésor, j’ai mon bateau,
Pour dieu, j’ai la liberté,
Pour loi, j’ai la force et le vent,
Pour seule patrie, la mer. »
José de Espronceda

C’était leur chanson. Ils n’étaient aux ordres de personne contrairement à ces Corsaires qui écumaient les mers pour le compte des souverains. Ils trouvaient inadmissibles les conditions de vie imposées aux marins sur les bateaux officiels qui allaient de colonies en comptoirs, enrichir les riches.  De nombreux marins ont commencé à se mutiner à bord des bateaux officiels. Les conditions d’exploitation sur ces bateaux étaient plus que pénibles, la nourriture exécrable et la paie ridicule. Les dangers étaient évidents et les chances de survie, aléatoires. Bref, on ne devenait pas marin par appel du large mais par embrigadement forcé comme on recrutait dans l’armée à la même époque.

De libres mutins en libre butins.

Julius Van Daal écrit que  » sur un navire, comme dans une prison ou une caserne, l’émeute – l’émotion populaire – se nomme mutinerie; et par la mutinerie, le matelot rompait toute attache avec le vieux monde, pétri d’entraves et de contraintes, qui l’avait jeté sur les flots hasardeux pour faire circuler et croître de la valeur. C’était donc de la mutinerie, geste collectif précurseur de la grève sauvage, que procédait l’entrée en piraterie. La mutinerie était d’abord une audacieuse réaction de défense face à l’iniquité des conditions de vie à bord, permettant d’éviter la famine et l’humiliation à des pauvres qui n’avaient depuis longtemps plus rien à perdre. » Ils aspiraient à rejoindre les groups de libres butineurs rebelles et joyeux, qu’on nomme les Flibustiers en s’appropriant leur outil de production: le navire. Le détournement et le  pillage d’autres navires étaient leur seul moyen de survie. Il n’était pas possible de revenir au pays. Ils se réfugieront sur des îles et certains deviendront même planteurs.

Le Flibustier est un marin pratiquant à la fois la contrebande, la guerre de course (celle des corsaires) et la piraterie. Issu d’une expression hollandaise, ‘Vrij Buiter’  signifiant « le Libre Butineur », qui donnera d’abord le nom de ‘fribustier’ qui finira par se prononcer ‘Flibustiers’ par référence à un type de bateau hollandais rapide qui se nommait le Vlij-Boot.

Liberté, égalité et fraternité

Rediker, historien de la piraterie  insiste sur le fait que la piraterie était pour ces marins mutins, une utopie praticable et résultait manifestement d’un conflit de classe nourri des visions d’une vie meilleure – c’est-à-dire une existence moins chétive mais surtout libre et fondée sur des rapports égalitaires. Les Flibustiers dominent les Antilles au XVIIème siècle jusqu’au  deux premières décennies du XVIIIème.  Le capitaine de leur navires était élu comme est élu le président et CEO de l’entreprise américaine présente dans le monde entier et qui produit, aujourd’hui, le Gore-tex parmi des centaines d’autres produits.

La propriété c’est du vol

Ces Libres Butineurs annoncent ce monde dans lequel nous vivons depuis la révolution industrielle, un monde où la création de valeur (de richesse, de cash, de PNB) n’est pas associée au bien-être pour tous (le Welfare State  est aussi un abus de langage) et résulte d’une extraction de valeur (un vol en quelque sorte), que ce soit la valeur des marins ou travailleurs ou les richesses naturelles et aujourd’hui culturelles puisque des entreprises et des investisseurs s’enrichissent des savoirs que nous partageons sur le web. Ils ont quelque chose en eux de Proudhon, (auteur de ce sou-titre sur la propriété) et des indignés d’aujourd’hui même s’ils n’avaient d’autre issue que le vol pour créer cette l’égalité: oeil pour oeil, dents pour dents.

Et ce Blog, pour qui, pour quoi ?

Suite au conseil de mon ami Noury qui m’a fait découvrir les Libres Butineurs, j’ai choisi de  garder leur nom pour ce blog et mes petits personnages parce qu’ils me font penser aux indignés d’aujourd’hui, aux pamphléteurs du 18 ème siècle et, à ce titre, je les aime et prend plaisir à les faire revivre pour mes enfants, les leurs et les vôtres. Ils ont combattus ainsi la traite des noirs un siècle avant que les gens bien pensants ne se mettent à s’en offusquer. Ils étaient libres sur un océan d’injustice mais riches de leurs  rêves de cocagne égalitaires et fraternels. Comme les anonymous, ils n’avaient que peu de règles  pour régir leurs petites communautés éphémères et partageuses. Il y avait en eux, quelque chose de Robin des Bois qui symbolise encore toujours les aspirations égalitaires des citoyens.

En plus,  le libre butineur est de nos régions.  Raison de plus pour les trouver sympathiques et symboliques de certaines valeurs importantes: la solidarité, le rejet du dogme, l’opposition aux dominants, le libre-examen pour exercer l’art du possible (dans notre quête d’utopie) et la joie de vivre l’instant sans craindre l’aventure et les découvertes.

« Savoir si quelqu’un doit être ou non qualifié de Pirate  ou Flibustier est une question dont la réponse appartient à celui qui a le pouvoir. »  L’ambition de ce blog baptisé Libres-Butineurs est de réfléchir à la nécessité de contre-pouvoirs dans nos sociétés. L’éducation, la presse indépendante et un travail permanent sur l’art du possible me semblent les meilleurs contre-pouvoirs. Mais dans quel état sont-ils ?

La presse indépendante et l’école : Je ne reproche pas aux gens de trouver dans la télé et les médias une jouissance immanente. Je reproche aux médias et aux écoles de ne plus stimuler l’envie de savoir, de s’aventurer et de maîtriser. L’école et les médias ne sont-ils pas en train de devenir des agents de servitude ?

Le Libre-Examen, il caractérise l’université de Bruxelles. Cette démarche intellectuelle et philosophique est inscrite dans ses statuts mais avec le temps, elle se confond avec le libre-parler et on oublie que c’est le meilleur guide vers l’art du possible et non du compromis.

Tout avis ne peut qu’enrichir ce blog et tout le monde est bienvenu pour venir l’enrichir et y partager des idées.

Merci

Patrick Willemarck

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