octobre 24

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La transparence n’a de valeur que pour les laveurs de vitres

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Passez, il n’y a rien à voir.

Combien d’organisations n’affichent-elles pas en grand dans leurs rapports et communiqués que tout est transparent chez elles. L’organisation, les processus, les évaluations, la stratégie poursuivie, les salaires, les perspectives, le management… tout est transparent. Au sens propre, cela pourrait dire aussi que c’est tellement transparent qu’il n’y a plus rien à voir. On a vu ainsi des organisations transparentes dont les employés se jetaient par les fenêtres. D’autres où le travail s’interrompait.

Des études en sciences cognitives et en psychologie montrent qu’elle affecte grandement nos façons de décider. Jennifer Lenner et Philip Tetlock ont ainsi démontré que tant qu’un décideur ne connaît pas le point de vue de ceux qui vont évaluer leurs décisions plus tard, il fait preuve d’un sens de l’auto-critique puissant et préemptif. Dès qu’il connait ceux qui décideront, il aligne ses décisions sur ce qu’il croit que ces gens attendent. Et c’est là que la plupart des décisions se nivellent vers le bas.

La transparence génère les consensus mous.
Au sein de la Fed, il y a un Federal Open Market Comitee qui est principalement responsable de la politique monétaire américaine. Ce comité a cédé aux pressions du congrès et doit transmettre progressivement le contenu de ses débats alors qu’avant il ne communiquait que les votes individuels et un résumé sommaire des décisions prises. En 2008, une étude a été faite pour mesurer les niveaux de dissension entre les membres avant la transcription exhaustive des débats et après. La conclusion est limpide, la transparence totale a conduit à nettement moins de dissension et plus de consensus. La transparence génère le consensus mou.

La transparence ne garantit pas plus la confiance.  Elle peut amener les gens à être moins honnêtes, moins intègres avec eux-mêmes, ce qui peut accroître la déception et puis la méfiance de leur entourage.

Fondamentalement, qui est intéressé par la transparence ? Le parti pirate l’a exigé à Berlin. Le public veut-il vraiment comprendre et participer à la politique ? A quoi sert la représentation populaire alors ? Et au sein d’institutions, tout le monde veut-il vraiment tout savoir ? Jamais. Ils ont trop peur de ne pas comprendre, de ne pas être à la hauteur. Mais ce qui compte, c’est de savoir qu’il y a moyen de savoir. C’est ce qui rendait le quatrième pouvoir si important en démocratie.

La transparence n’existe pas. On peut scanner votre corps sain ou malade, il n’en devient pas transparent. On peut vivre ensemble en couple depuis des années en promettant de tout se dire mais l’amour peut-il rendre l’autre transparent ? Il peut éclairer, éblouir, faire rayonner mais vous rendre transparent, quelle horreur, non ? La sexualité est-elle transparente ? Non. Le mot transparence utilisé comme il l’est aujourd’hui évoque la pornographie pour Alice de Ponchéville. Un tue l’amour. Un tue la liberté. Est-ce cela qui vous inspire confiance ? Laissons la transparence aux laveurs de vitres.

Non ?

Patrick

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